Armutsbekämpfung: Suen eleng gi net duer

Aarmutsbekämpfung: Suen eleng gi net duer

-CARITAS FORUM 2023-

AARM MÉCHT KRANK – KRANK MÉCHT AARM

Depuis 2010, première année européenne de lutte contre la pauvreté, des termestels que « lutte contre la pauvreté » et « cohésion sociale » sont sur toutes leslèvres. Jamais autant d’argent n’a été investi dans la politique sociale auLuxembourg qu’aujourd’hui. Et pourtant, malgré cela, le risque de pauvreté necesse d’augmenter, l’écart entre les riches et les pauvres se creuse de plus enplus, les inégalités en matière d’éducation s’accentuent, de plus en plus deprofessionnels tombent malades et la politique s’éloigne de plus en plus de lasociété. Pourquoi toutes les actions de lutte contre la pauvreté ne parviennent-elles pas à éliminer totalement la pauvreté ? Pourquoi tant de personnes vont-elles encore si mal ? Pourquoi y a-t-il parfois même des régressions ?

La loi sur le revenu minimum garanti (RMG), maintenant appelé REVIS, qui estentrée en vigueur en 1986, était à l’époque la loi sur l’aide sociale la plusprogressiste de toute l’Europe. En plus de garantir l’anonymat et le droitd’intenter une action en justice, ce changement de paradigme, passant d’unsimple soutien financier souvent arbitraire à une aide active à l’intégrationsociale et professionnelle par le biais d’une assistance sur mesure spécifique àchaque groupe cible, a offert à de nombreuses personnes la possibilité de sortirde l’aide sociale et de se construire un avenir autonome, libérées de la honte etsans dettes. La focalisation sur le travail comme seul instrument d’intégrationpour tous les groupes cibles, qui s’est également reflétée dans les mesuresd’aide sociale depuis le tournant du millénaire, a atteint son apogée en 2019avec la réforme de la nouvelle loi REVIS : la responsabilité du profilage ne relèveplus du ministère de la Famille, mais a été transférée au ministère du Travail.

Cela peut être acceptable pour la fraction des bénéficiaires de l’aide socialecapables de travailler, mais qu’en est-il des aides et mesures spécifiques pourtous les autres groupes cibles qui ne sont pas disponibles sur le marché dutravail, soit parce qu’ils qu’ils n’y ont pas encore accès, soit parce qu’ils

n’y auront jamais accès ? Que propose-t-on pour les enfants, les jeunes, lesmonoparentaux ? Le REVIS n’est pas non plus gratuit. Les hypothèques sur lesbiens immobiliers et l’absence de mesures appropriées font en sorte que cespersonnes s’endettent de plus en plus, sans faute de leur part, et demeurentdépendantes de l’aide de l’État et stigmatisées, ainsi que leurs enfants, surplusieurs générations.

Les rapports de recherche confirment depuis longtemps qu’en plus desressources financières, ce sont surtout des professionnels qualifiés etcompétents sur le plan personnel qui peuvent aider dans ce domaine.Malheureusement, le travail social est de plus en plus fragmenté etbureaucratique au Luxembourg, ce qui rend une aide globale et durableimpossible. Il est rare que le professionnel puisse traiter l’ensemble d’undossier. Cette façon de travailler n’est pas efficace, peut aggraver les situationset fait souffrir de nombreux(ses) travailleurs(ses) sociaux(ales).

La situation précaire sur le marché du travail et dans la formation aggravesouvent la situation pour les personnes concernées et les professionnels.Sommes-nous en train de passer d’un généraliste holistique à un spécialistesans vision d’ensemble ? La théorie est-elle plus importante que la pratique ? Ilmanque des milliers de professionnels qualifiés à tous les niveaux dequalification dans le domaine du travail social et éducatif, les formations sontraccourcies (éducateur) ou supprimées sans raison valable, alors qu’il y a deslongues listes d’attentes de candidats (uni.lu).

La politique est-elle encore le reflet de la société ou est-elle isolée dans une tourd’ivoire ? La question de la pauvreté et de la lutte contre la pauvreté concernel’ensemble de la société, « du berceau à la tombe », et donc (presque) tous lesministères. Où est la coordination interministérielle ? Le fait que différentesprofessions et couches sociales ne soient plus représentées au sein de laChambre des Députés est un facteur aggravant.

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